On est pris! – Suite et fin

Bon, il est temps de reprendre où on vous avait laissé. Mais d’abord, un petit résumé s’impose.

Se réveillant à 2:30 du matin, tous fébriles à l’idée de partir de nuit, nous larguions les amarres fièrement et silencieusement pour ne pas déranger nos voisins toujours à quai vers 3:10…

Il est maintenant 4:10. On a touché le fond et nous sommes immobilisés à la sortie de la marina de Saint-Michel depuis une bonne heure. Nous avons dérogé de l’enlignement; quatre pieds plus à droite et on passait.  Notre première tentative pour nous libérer, qui consistait à tirer sur la drisse de grand voile pour faire basculer la quille, s’étant avérée infructueuse, nous envisageons quelques alternatives.

Premièrement, et la solution la plus évidente, c’est celle de repartir avec la marée qui ne manquera pas de remonter prochaînement.  Mais, nous avons peur qu’elle nous déporte vers les rochers maintenant visibles sous les faibles lueurs du jour.  Deuxièmement, comme l’eau a beaucoup baissée sur bâbord, nous imaginons qu’il peut être possible de débarquer sur les rochers et ainsi gagner de la force en nous éloignant du bateau.  Cela nous permettrait en effet d’augmenter l’angle lorsque l’on tire sur la drisse reliée au haut du mât.  Normalement, on peut utiliser un dinghy pour s’éloigner ainsi (c’est une petite chaloupe à moteur qu’on traîne pour débarquer à terre quand on a jeté l’ancre), mais le nôtre (pas gonflé) n’a pas de moteur et de toute façon il n’y a plus d’eau!  Des deux, je suis le meilleur nageur, donc c’est moi qui est désigné pendant que l’autre reste au moteur.

Vite, je change de pantalon et enlève mes souliers (il y a beaucoup de vase et j’ai du linge sale en quantité), mais juste avant de nous jeter par dessus bord (moi et ma barbe), nous nous arrêtons pour réfléchir.  Ce genre de situation, comme l’a si judicieusement fait remarquer François V. dans les commentaires plus tôt, justifie un envoi d’appel au secours, pas un Mayday Mayday, réservé aux urgences graves (menaces pour la vie), mais un Pan Pan-Pan Pan; notre situation étant plutôt gênante pour la circulation à l’entrée de la marina…et pour notre orgueil!  Avant de se mouiller et de forcer comme des bons sur la drisse, nous décidons de sortir un peu d’humilité et l’aide-mémoire pour les appels radio de détresse.  En effet, si l’on peu obtenir de l’aide et éviter ainsi de se mettre en « danger » en débarquant du bateau…

Rapidement, les lève-tôt de la région de Québec peuvent entendre sur le canal 16 : « Pan pan, Pan pan, Pan pan. Toutes stations, toutes stations, toutes stations. Ici Aye becca, Aye becca, Aye becca… On est pris! » Bon. On a donné plus de détails que ça, mais en substance c’est ce qu’on a dit pour commencer.  Bientôt s’amorce une conversation avec « Radio Québec sauvetage » et une fois notre situation expliquée, on nous conseil d’attendre que la marée remonte pour voir si on est capable de se libérer. Tout ça considérant que le niveau de l’eau est à son plus bas (il est 4:20) et que dans une heure, nous serons revenu au même point qu’à notre départ.  Une heure c’est aussi le temps qu’il faudrait pour dépêcher quelqu’un de Québec pour nous aider, ce qui s’avèrerait bien inutile si nous étions capable de nous libérer par nous-même, n’est-ce pas ?… D’un commun accord, nous décidons donc de laisser le temps (et la marée) faire son œuvre….

Et les rochers dans tout ça?

Bah. On a un moteur, non? On est sûrement capable de les éviter.

Quarante minutes plus tard, ce que nous espérions se produisit. Un léger mouvement se fit sentir vers l’arrière, la marée montante (le flot) nous repoussant vers la marina.  Reprenant le contrôle de notre navire, je m’empresse de me positionner dans le chenal étant aidé de FC : debout sur le pont, pointant du côté vers lequel je dois virer pour compenser l’effet de dérive occasionné par le courant. Un virage à 90 degrés à l’Ouest une fois passée la bouée K141 et direction Montréal !

Pfff! Les doigts dans le nez 😉

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3 réflexions sur “On est pris! – Suite et fin

  1. Un heureux dénouement. Je n’ai pas douté une seconde que mes deux loups de mer allaient maitriser la situation. Encore de l’expérience qui s’accumule et des histoires à raconter autour de la prochaine bière. J’ai bien hâte de vous entendre raconter votre voyage en personne. Merci beaucoup de m’avoir permis de partager votre aventure via ce blogue. Je le répète; vous m’avez impressionné . Je retourne au travail demain. À très bientôt!

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